Diplomatie malienne: Kamissa Camara déchargée du dossier toxique du nord

Nommée dans le premier gouvernement du second mandat d’Ibrahim Boubacar Keita, en qualité de ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Kamissa Camara frappe par sa jeunesse (35 ans) et son charisme. Des commentateurs lui ont donné le qualificatif de « sourire du gouvernement » car elle apparaît toujours avec une mine réjouie. Sa nomination matérialise aussi la promesse du président IBK de faire de son second mandat celui de la jeunesse.

Kamissa Camara déchargée du dossier toxique du nord

Mais le débat suscité par la nomination de Kamissa Camara  porte surtout sur sa capacité à diriger un département aussi stratégique que celui des Affaires étrangères. Elle a certes une certaine connaissance du Sahel mais on doutait qu’elle puisse conduire n’a l’épineuse mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation, un très dossier qui comporte à la fois des volets diplomatiques, sécuritaires et économiques.

Le Premier ministre Soumeylou Boubeye Maiga, sans doute habité par les mêmes interrogations, vient de mettre fin au débat. Dans une lettre adressée au président fu Comité de suivi de l’accord de paix (fac simile), il a déchargé Kamissa de la gestion de l’accord qui, souligne-t-il, relève de la compétence exclusive de Lassine Bouare, ministre de la  Cohésion sociale, de la Paix et de la Réconciliation nationale et précédemment directeur de cabinet du Premier ministre. En clair, la gestion du dossier se fera directement par Soumeylou Boubeye Maiga et son bras droit: Lassine Bouaré. Précision utile: depuis 2013, un ministère dédié à la réconciliation a toujours existé mais les ministres successifs des Affaires étrangères ont toujours géré le dossier de l’accord. Pourquoi alors le retirer des missions de Kamissa Camara ? Sans doute pour prendre en compte les inquiétudes liées à son jeune âge et à son inexpérience de terrain. Certes, elle a le diplôme requis mais les sables mouvants du désert malien demandent une expertise de terrain que seuls les vieux routiers possèdent. D’autant que les groupes armés qui peuplent le paysage local sont loin d’être des enfants de cœur. Au reste, dans les cinq pays disposant du droit de véto à l’ONU (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande Bretagne et France), la moyenne d’âge pour diriger les Affaires étrangères est de 52 ans  et tous les ministres du secteur sont des diplomates chevronnés.

Les mauvaises langues racontent que Kamissa est nommée pour ne rien faire. Mais on peut avoir une autre lecture : en la déchargeant du dossier toxique du Nord, ses chefs ont peut-être voulu simplement la protéger.

Abdoulaye Guindo   

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