Mali : la Minusma décriée par la population à Gao

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soldat-minusmaSuite à l’intervention militaire française en cours depuis janvier 2012, le Conseil de sécurité des Nations unies , par une résolution n° 2100 du 25 avril 2013,a créé la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma).

La Minusma, composée pour l’heure de quelque 6 000 hommes, est déployée dans les principales villes du Nord et dans la capitale du Mali. Elle a pour mission, entre autres, d’aider les autorités maliennes à stabiliser le pays en accordant une attention prioritaire aux principales agglomérations, aux axes de communication, à la protection des populations civiles, à la situation des droits de l’homme. La force de l’ONU  a aussi en charge la mise en place des conditions indispensables à l’acheminement de l’aide humanitaire, au retour des déplacés, à l’extension de l’autorité de l’État, au rétablissement de l’autorité de l’État dans tout le pays. Elle travaille enfin à écarter les menaces sécuritaires et à prévenir tout retour d’éléments armés dans les zones où elle opère.

Depuis leur déploiement, les soldats de la Minusma, en lieu et place de leur mission de sécurisation du territoire et des citoyens, s’adonnent à d’autres pratiques, surtout dans les localités du Nord. A Gao, par exemple, les populations déçues du comportement des soldats commencent à hausser le ton et les griefs contre la force sont nombreux. Tout d’abord, retranchés dans un hôtel de la ville, les soldats onusiens ne se donnent aucune espèce de peine : seules les forces de défense et de sécurité du Mali et celles de l’opération Serval effectuent des patrouilles sur le terrain. « L’activité principale des soldats de la Minusma consiste à faire du commerce et à courir derrière les jeunes filles de Gao », nous explique, plein de colère, un notable de la localité. Bénéficiant de grands stocks d’eau minérale, plusieurs soldats en cèdent régulièrement de pleins cartons aux commerçants de Gao et de la ville voisine de Gossi. Le prix du carton est de 1 750 F Cfa. A ce train, une bonne partie du budget alimentaire de la Minusma finira sur les marchés et dans les foires au lieu de désaltérer d’illustres combattants antijihadistes !

Quant au second point d’accusation, qui concerne la chasse aux demoiselles de Gao, il irrite au plus haut point les populations locales. « Les soldats de la Minusma sont devenus les champions dans la drague aux filles, s’indigne l’une de nos sources. Depuis leur arrivée à Gao, le chiffre d’affaires des vendeurs de motos Jakarta a pris l’ascenseur. D’innombrables filles, même celles issues de familles démunies, se sont procuré des motos Jakarta. Cette subite prolifération de motos toutes neuves dans une ville où la crise sécuritaire se fait encore sentir a poussé les chefs de famille à chercher à comprendre. On a ainsi appris que ces motos sont tout simplement achetées par ces filles avec l’argent gagné à l’occasion de leurs relations intimes avec des soldats de la force de l’ONU . »

Agacées par le comportement sexuel des soldats, les populations de Gao affublent désormais la Minusma du sobriquet d’« amusement ». Elles viennent d’ailleurs de découvrir un nouveau fait grave: une vidéo où l’on voit deux filles en plein rapport sexuel avec un soldat de la force circule, depuis quelques jours, dans la ville. Les deux jeunes filles, élèves du lycée Yana Maiga de Gao, ne semblent pas en faire un problème et se rendent sans remords à l’école, malgré les moqueries de leurs camarades. Indignés par ce qui semble être la goutte d’eau qui fait déborder le vase, certains journalistes de la cité n’ont pas manqué de passer en boucle une émission appelant les responsables de la Minusma à sévir contre leurs agents fautifs. Pour l’instant, aucun commentaire ne vient du côté du quartier général de la Minusma.

 A Gao, personne ne veut plus de la force de l’ONU; une grande manifestation populaire est même en préparation dans les jours prochains pour exiger son départ pur et simple de la ville. Selon, D. Maiga, enseignant, à Gao, « la présence des soldats de la Minusma ne sert à rien, car les attentats perpétrés à Gao après la libération ont eu lieu à leur nez et à leur barbe; ils étaient sans doute calfeutrés avec les jeunes filles de Gao. » Pour madame Touré Youma, résidente de Gao, « la Minusma, qu’on le veuille ou non, échouera à Gao, comme toute les autres forces onusiennes à travers le monde. » Pour l’instant, ce qui inquiète le plus à Gao, c’est le risque de propagation des infections sexuellement transmissibles.