De la démocratie en pays pauvre et illettré

Article : De la démocratie en pays pauvre et illettré
Étiquettes
28 juin 2014

De la démocratie en pays pauvre et illettré

La pauvreté et l’analphabétisme empêchent la plante démocratique de croître, même si on l’arrose matin et soir. Un éminent homme l’avait dit il y a 20 ans.

L’ancien président français, Jacques Chirac, a déclaré que l’Afrique n’était pas mûre pour la démocratie. Les opposants africains l’ont soupçonné de sympathie avec les dictateurs du continent. L’histoire donne aujourd’hui raison à Chirac. Depuis 1992, les Maliens pratiquent la démocratie sans savoir ce que c’est.

 

Pour nombre de Maliens, démocratie signifie anarchie. Un régime où chacun fait ce que bon lui semble. Demandez aux gens de Yerewolo Ton (ceux qui ont agressé le président Dioncounda Traoré): ils vous diront qu’en démocratie, la personne d’un chef de l’Etat, surtout intérimaire, n’a rien de sacré et mérite une copieuse bastonnade. Les courtisans et des laquais du chef, pensent que le chef a tous les droits, que les opposants du chef ont tous les devoirs et que quiconque  critique le chef ne peut être qu’un apatride. Beaucoup estiment qu’en démocratie, seule la victoire électorale compte, quels que soient les moyens employés.

 

A leur entendement, les voix des électeurs s’achètent comme au marché: il suffit, pour cela, de distribuer à tour de bras des sacs de mil ou de poster non loin du centre de vote un marchand de  voix muni d’espèces sonnantes et trébuchantes. Ceux qu’on appelle « notables », les chefs de villages et consorts, ont fort bien compris le système : sachant qu’aucun candidat ne repassera les voir après le scrutin, ils reçoivent tous les candidats avec les mêmes tambours, empochent le traditionnel « prix de cola » (entendez les pagnes et les ballons de campagne) et…boudent les urnes ! Résultat : depuis 1992, le taux de participation électorale n’a jamais atteint 39%. Chez nous, il existe aussi un troisième tour des élections; elle se joue devant la Cour Constitutionnelle, cette très auguste juridiction qui, sans se soucier de ce que les Maliens ont voté sous un soleil ardent, a l’habitude d’annuler des milliers de voix avant de désigner le candidat de son choix.

 

Dans ce contexte de démocratie où tout marchand de cola a sa propre interprétation des lois, il ne sert à rien de pondre des programmes. Les électeurs, majoritairement analphabètes, ont besoin de thé, pas de paperasses. Voilà pourquoi les programmes finissent à la poubelle ou entre les mains des vendeuses de beignets. De toute façon, les promesses contenues dans ces programmes-là n’engagent personne, pas même leurs brillants auteurs, puisque nul ne sait où trouver l’argent nécessaire au financement des milliers de ponts, de routes, d’écoles et de dispensaires promis.dessin caricature

Partagez

Commentaires