Enquête : que deviennent les ex-ministres du président IBK

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14 novembre 2015

Enquête : que deviennent les ex-ministres du président IBK

Depuis son accession à la magistrature suprême, le 4 septembre 2013, Ibrahima Boubacar Kéita ne cesse de surprendre. Lui que l’on disait pétri de certitudes ne cesse de changer de politique, mais surtout de ministres. Au point de désorienter ses plus fidèles compagnons qui voient dans cette instabilité un signe d’hésitation et de faiblesse. En deux ans d’exercice du pouvoir, IBK a remanié trois fois (pas moins!) le gouvernement, sans compter un léger et récent réaménagement technique. Ces changements ont, nul besoin de le dire, occasionné des départs et des arrivées de ministres, donc des bienheureux et des malheureux. Au cours des différents changements, certains ministres ont eu la chance de ne pas quitter le navire gouvernemental; en revanche, une bonne quinzaine a été débarquée, parfois de force et sans crier gare. Les partants n’ont pas eu, après leur départ, les mêmes opportunités de réinsertion: quelques-uns ont été recasés par IBK; d’autres, oubliés, se retrouvent au chômage sans pouvoir espérer une allocation-chômage, celle-ci n’existant pas sous nos tropiques. Une troisième catégorie de ministres débarqués ont pu trouver d’eux-mêmes un point chute, les parachutes dorés n’ayant pas encore fait leur apparition dans le ciel malien. Nous nous sommes intéressés aux nouvelles activités des ministres renvoyés du gouvernement.

 

Les « ex » les plus heureux

 
Le sort réservé à certains des partants permet de croire que la raison de leur départ du gouvernement n’était pas une colère d’IBK, mais qu’ils ont dû partir sous la pression des événements ou par choix stratégique du président. Parmi eux, on trouve des recasés de luxe comme l’ex-putschiste, le général Moussa Sinko Coulibaly. Nommé ministre de l’Administration Territoriale dans le gouvernement de transition en 2012, il a conservé ce poste jusqu’à l’élection d’IBK dont il s’est publiquement réjoui. Le nouvel élu le reconduira dans ses fonctions au sein du gouvernement d’Oumar Tatam Ly. N’ayant pas été reconduit dans le gouvernement de Moussa Mara, formé en avril 2014, Coulibaly est bombardé, en mai 2014, Directeur Général de l’Ecole de Maintien de la Paix Alioune Blondin BEYE (EMPABB). Il n’a pas trop à se se plaindre de son nouveau statut puisque la plupart de ses ex-compagnons de putsch croupissent, depuis belle lurette, en prison sans que l’on sache quand ils seront élargis ou jugés.
Ousmane Ag Rhissa, qui ministre de l’Environnement et de l’Assainissement dans le gouvernement Tatam Ly, a été remplacé par Abdoulaye Idrissa Maiga, actuel ministre de l’administration du territoire. Après un an d’attente, donc de diète, Ag Rhissa, ingénieur des sciences appliquées de son état, est nommé, le 4 septembre 2015, ambassadeur du Mali en Côte d’Ivoire. On ne sait pas cependant si ce ressortissant du nord aime les plats ivoiriens, notamment la banane plantin, l’atiéké et le manioc…
Bruno Maïga, ministre de la Culture dans le gouvernement Tatam Ly, viré de son poste sou Mara, a été lui aussi recasé comme diplomate. Après sa nomination, en fin janvier 2015, comme ambassadeur du Mali en Italie, il a officiellement pris ses fonctions le 18 février 2015. La diplomatie, on le voit, devient un parterre de reconversion très prisé par les anciens dignitaires politiques. Pas de quoi réjouir les diplomates de carrière qui épuisent parfois leur carrière sans diriger la moindre ambassade… Le ministre délégué auprès du ministre du Développement rural, chargé de l’Elevage, de la Pêche et de la Sécurité alimentaire, Nango Dembélé, ne se plaint pas d’avoir perdu son portefeuille. En effet, immédiatement après son départ du gouvernement, le président IBK le nomme commissaire à la Sécurité Alimentaire (CSA). Rattaché à la présidence, Nango Dembélé a pour missions de prévenir et gérer les crises alimentaires au Mali. On raconte que dans son nouveau refuge, il y a à boire et à manger… L’ex-ministre en charge de l’Industrie et de la Promotion des Investissements, Moustapha Ben Barka, a perdu son poste lors de la formation du gouvernement Modibo Kéita. Annoncé à la tête d’une des banques publique de la place (BDM, BMS, BNDA), il a finalement a été nommé Secrétaire Général Adjoint de la présidence de la république avec rang de ministre, ce qu’on n’avait jamais vu. Il a remplacé à ce poste Seydou Nourou Kéita, un baron du RPM.

 

Ceux qui se sont débrouillés

 
Ils ne sont pas nombreux, ces anciens ministres qui se trouvé à la force des bras un point de chute. Dans cette catégorie figure l’ancienne ministre de l’Education nationale, Jacqueline Togola: sortie du gouvernement à la surprise générale, l’enseignante à la retraite arrive à gagner les élections législatives partielles organisées en commune 5 de Bamako pour remplacer la défunte députée Oumou Simbo Kéita.
Ousmane Sy, ministre en charge de la Décentralisation, n’a pas mis, après son départ du gouvernement Moussa Mara, de temps à se reconvertir. Il a rejoint le Centre d’Expertises Politiques et Institutionnelles en Afrique (CEPIA) qu’il dirige depuis janvier 2004. Il coordonne aussi l’Alliance pour Refonder la Gouvernance en Afrique. En plus de ces fonctions, Ousmane Sy est enfin très actif au Centre d’Etudes et de Réflexion du Mali (Cerm), une structure qui entend contribuer à la réhabilitation des activités intellectuelles et à la réflexion sur des sujets majeurs au Mali et sur le continent.
A l’image de Sy, Moussa Mara trouve à s’occuper dans le monde associatif. Mais il a une autre spécialité: il ne cesse de parcourir le pays dans le cadre d’une campagne électorale qui ne dit pas son nom et qui, peut-être, le propulsera à Koulouba à l’horizon 2018. La rapidité avec laquelle Oumar Tatam Ly a, après sa démission de la primature, repris du service atteste qu’il n’avait jamais quitté, en réalité, son ancien poste à la BCEAO. Après sa passation de services avec Moussa Mara, il a été rejoint son domicile à bord d’un véhicule de la BCEAO qui l’attendait à la porte de la primature. Aujourd’hui, Oumar Tatam Ly, outre son poste à la BCEAO, préside le conseil d’administration de la société de transfert monétique Western Union (section Afrique). Il n’y meurt guère de faim, nous dit-on. Mahamadou Camara, ex-ministre de l’Economie Numérique, de l’Information et de la Communication, est, après son départ du gouvernement, revenu à son premier métier: le journalisme. Il édite à Bamako un journal gratuit. Il semble toujours proche d’IBK qu’il accompagne parfois à l’étranger.

 

Les « ex » devenus chômeurs

 

Les ex-ministres qui sont venus grossir les rangs des chômeurs sont les plus nombreux. L’ex-ministre de la Défense, Soumeylou Boubèye Maiga, en fait partie. Victime collatérale de la défaite de l’armée à Kidal, le 21 mai 2014, il est devenu, aujourd’hui, un spécialiste des réunions politiques. C’est lui qui représente presque toujours son parti (ASMA) aux rencontres organisées par soit le ministère de l’Administration Territoriale ou la Mouvance Présidentielle. Mais Boubèye a l’habitude de ces situations intermédiaires dont il se sort presque toujours: il aurait d’ailleurs pu craindre pire!
Mme Bouaré Fily Sissoko, la puissante ministre des Finances balayée de son poste par le scandale de l’avion présidentiel et des équipements militaires, se morfond pour l’instant à domicile. Elle a même été auditionnée au pôle économique. Gageons cependant que notre ex-grande argentière ne manque pas déjà de prix de condiments…
Sada Samaké, qui vient, à la faveur d’un remaniement technique du gouvernement, de perdre son poste de la Sécurité Intérieure, ferait bien de prendre son mal en patience. Car contrairement à d’autres, il a des amitiés avec IBK et n’a été renvoyé que pour incompétence notoire. Apparemment, l’assurance qu’il a donnée devant le parlement qu’il n’y aurait pas de putsch tant qu’il serait à son poste n’a pas ému en haut lieu.
Un gros contingent d’ex-ministres tombés dans le chômage ne doit pas être oublié. Parmi eux, Bocar Moussa Diarra, ex-ministre de la Fonction publique; Abdoulaye Koumaré, général putschiste et ex-ministre de l’équipement; Moustapha Dicko, ex-ministre de l’Enseignement Supérieur ; Madani Touré, ex-ministre du Budget; Berthé Aïssata Bengaly, ex-ministre de l’Artisanat… Les compères doivent sans doute garder l’œil rivé au petit écran pour le cas où IBK les rappellerait. Mais avec ses périples à l’étranger et ces communiqués du PARENA qui lui savonnent la planche, pas sûr que le grand chef retrouve vite toute sa mémoire. Mamadou Diarrah, renvoyé, pour ses amitiés avec Tatam Ly, de son juteux poste de la Réconciliation Nationale et de la Reconstruction du Nord a, pour sa part, raté le train: c’est lui qui aurait eu à gérer les 2000 milliards de FCFA de fonds européens dont une bonne part aurait servi à développer le nord!

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Commentaires

Souleymane Diarra
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Merci professeur pour la clarté de vos idées. Mais j'ai toujours une boule dans la gorge et là voici: le mali ne fait pas exception a la regle(le probleme d'education). Il faut laisser les loups se manger entre eux. Car je vous le dit que l'avenir de ce pays est sombre pour moi. Que de desolation; que de tristesse; que de honte. Qui pour sauver la mere patrie? J'ai honte des dirigeants africains! La lutte pour l'independance a ete vaine. La ressistance de nos aïes a ete reduit au silence. Tout est lier aujourd'hui a l'argent. Ils sont bafoué la dignité malienne. Où irons nous? Qui seront des reperes pour nous? L'argent et le pouvoir voila aujoud'hui la realité du mali. On s'en fiche de la connaissance; ou meme de l'honneur et la dignité! On veut etre vu et venerer par son peuple. On veut eterniser au pouvoir meme etant malade ou au fauteuil roulant. J'ai honte de tout ca! Honte des politiciens maliens. Honte des dirigeants africains. Partout de la decadence! Oui partout la degeneresence de l'homme! Que sera le mali de demain sans des citoyens consciencieux?