Le désert ou l’océan, Oumar n’a pas peur de mourir et pourtant…

« Si on est traité comme de la merde dans notre propre pays, qu’est-ce que cela peut bien faire qu’on aille mourir dans le désert ou en Méditerranée ? Ce n’est pas de gaîté de cœur que nous quittons nos familles. Au Mali, la corruption érigée en mode de gouvernance a enterré tout espoir pour nous autres enfants de pauvres. Si je meurs, on pourra dire que c’est mon destin et si j’arrive à traverser le désert et l’océan pour réussir en Europe, on dira que c’est aussi mon destin. »

Ces explications avancées par le jeune Oumar, candidat à l’immigration clandestine que nous avons rencontré à Gao, illustrent la cause principale de tous les départs vers l’Eldorado européen.

Pour faire fortune et surtout fuir les difficultés qu’ils rencontrent dans leur pays, plusieurs milliers de jeunes Africains, notamment du Mali, prennent la route de l’exode. Entassés dans des barques de fortune, ces immigrés meurent par milliers.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en 2017, ce sont plus de 3 100 migrants qui ont trouvé la mort en essayant de traverser la Méditerranée. Depuis janvier 2018, plus de 1 000 migrants sont morts en tentant de rejoindre l’Italie via la Libye et 1 987 personnes ont perdu la vie ou disparu sur les différentes routes de migration. Toujours selon l’OIM, depuis 2014, 17 000 personnes ont déjà perdu la vie en Méditerranée.

Que faire pour que l’océan Atlantique ne soit plus un cimetière pour nos migrants ?

Malgré ces drames, l’émigration clandestine fait de la résistance en Afrique, particulièrement au Mali. Les quelque 4 millions de nos compatriotes qui vivent à travers le monde transfèrent chaque année, selon la Banque africaine de développement, la somme de 456 millions d’euros. Cela donne un montant équivalent à plus de 4 fois l’aide publique au développement accordé au Mali.

L’émigration étant un phénomène culturel dans mon pays, il serait préférable qu’elle soit organisée, car vouloir la combattre est un rêve. Cette organisation passe d’abord par plus de sensibilisation sur les risques de l’émigration clandestine. Déjà, le gouvernement multiplie des initiatives aux côtés d’autres structures comme « le projet Migrant ». Ce projet sensibilise aux risques de l’émigration irrégulière.

Lire aussi : Mali: une ONG lance un programme de sensibilisation pour les candidats au départ

Il serait judicieux d’accroître la sensibilisation sur les risques de l’émigration clandestine vers l’Europe. Ces risques sont, entre autres, les dangers de la traversée, le kidnapping, l’esclavage, la détention, etc.

Je propose qu’il soit démontré aux candidats à l’émigration que l’Europe d’aujourd’hui n’est pas celle des années de prospérité, époque où ce continent avait besoin d’une main-d’œuvre bon marché.

En outre, il faudrait créer des bureaux de recensement des candidats à l’émigration. Ces bureaux en collaboration avec les pays d’accueil pourraient faire partir ceux dont les profils correspondent aux offres d’emplois disponibles. La finalité est de lutter contre la pauvreté ; cela passe impérativement par une vraie lutte contre la corruption, la délinquance financière et une répartition équitable des ressources de l’Etat. Seul à ce prix, nous pourrions éviter que d’autres Oumar ne prennent la route de l’Europe, même si les risques de mourir noyé dans la méditerranée sont grands.

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