Répartition des autorités intérimaires: l’Etat malien se fait rouler dans la farine

Samedi 11 février 2017, le  Comité de Suivi de l’Accord pour la paix et la réconciliation (CSA) a tenu une réunion de haut niveau. Elle avait pour but d’établir le nouveau calendrier pour l’installation des autorités intérimaires et des patrouilles mixtes. Lors de la rencontre, il a été décidé d’installer les autorités intérimaires du 13 au 20 février 2017. Quant aux patrouilles mixtes, elles doivent démarrer le 20 février 2017à Gao, le 28 février 2017 à Kidal, et une semaine plus tard à Tombouctou. Rappelons que les autorités intérimaires ont pour mission de gouverner les localités qui leur sont confiées jusqu’aux futures élections communales et régionales dans le septentrion malien. Dans le cadre de leurs fonctions, elles répondent de toutes les prérogatives de la puissance publique.

Ainsi donc, la gestion administrative des régions a été répartie entre les autorités intérimaires comme suit: la région de Tombouctou est attribuée aux représentants de la CMA (Coordination des mouvements de l’Azawad) et la région de Gao aux autorités intérimaires désignées par la Plateforme (milices pro-Mali). Fort curieusement, la gestion de  la région de Kidal a été confiée au… gouvernement malien alors qu’il ne peut y mettre les pieds !

Lors de la réunion, l’ambassadeur d’Algérie au Mali, par ailleurs chef de file de la Médiation internationale, a commis un lapsus très révélateur de la confusion qui règne au nord. Ce diplomate s’est « réjoui que les groupes armés et le gouvernement se soient entendus sur le partage des régions nord ». Il a fallu que le Représentant Spécial du Secrétaire Général et Chef de la MINUSMA, M. Mongi Hamdi, corrige l’ambassadeur en soulignant que les groupes armés et le gouvernement malien se sont entendus sur « la gestion des régions du nord et non sur le partage desdites régions ».

Refus catégorique des jeunes de Gao

Tout compte fait, le nouveau planning et la nouvelle répartition des pouvoirs réveillent la colère des jeunes de Gao. Ces derniers font une sévère mise en garde à travers  un communiqué rendu public, le mercredi 15 février 2017, sur le site « Gao Infos ». Ce texte signé d’Abdel Kader Maiga, un de leurs leaders, dénonce de manière particulièrement virulente l’installation programmée des autorités intérimaires et l’attribution de zones de gestion à la CMA,  que les jeunes de Gao qualifient de « conglomérat de malfrats ». Selon le communiqué, l’installation des autorités intérimaires consacrera« la partition du pays ». D’autant qu’elle intervient avant la conférence d’Entente nationale censée définir d’accord commun la mise en œuvre des accords de paix. Au reste, s’interrogent bruyamment les jeunes, pourquoi installer des autorités intérimaires « à deux mois des élections régionales » ? Enfin, les jeunes se demandent « pourquoi les patrouilles mixtes ne commencent pas par Kidal qui renferme tous les ennemis armés du Mali » ?  Le communiqué conclut: « Nous continuons à rejeter en bloc (les autorités intérimaires) car (elles)  soumettent la vaste majorité des populations du Nord à la domination des groupes armés dits de « l’Azawad », un pays chimérique qui ne figure dans aucun livre d’histoire ni de géographie… Nous sommes déterminés à nous battre jusqu’à notre dernière goutte de sang pour conserver notre héritage culturel et historique…Nous refusons d’être administrés par la CMA et la Plateforme car elles n’ont aucune légitimité historique et géographique pour le faire. Seules des autorités issues du suffrage universel sont habilitées à le faire. Nous ne nous soumettrons donc à aucune Autorité qui n’est pas l’émanation du suffrage universel dans les régions du Nord, à Gao notamment ».

L’Etat floué

Il y a lieu de craindre que l’installation des autorités intérimaires ne suscite des mouvements de foule à Gao comme ce fut le cas le 12 juillet 2016. Mais il y d’autres interrogations. En effet, la répartition des autorités intérimaires affecte la gestion de Kidal à l’Etat du Mali.Il y a là quelque qui cloche car tout le monde sait que l’administration et les forces armées maliennes sont interdites d’accès à Kidal où la CMA règne en maître. le Mali gérera-t-il Kidal alors que les deux gouverneurs successifs qu’il a nommés à Kidal sont contraints de résider à Gao ? Un connaisseur du dossier estime que dans la réalité, l’Etat se voit affecter une zone de gestion imaginaire, ce qui revient à dire qu’il ne gérera aucune zone du tout. Du coup, il faut retenir que dans le partage, la CMA se voit officiellement affecter la région de Tombouctou tout en g ardant de fait la région de Kidal. Le pire, c’est que l’Etat, en acceptant qu’on lui affecte Kidal, une zone qu’il ne contrôle pas, accepte par avance qu’on lui impute les violences et dysfonctionnements qui s’y produiraient. Un autre constat confirme que l’Etat n’aura rien à gérer Kidal: lui-même vient de nommer à la tête de l’Assemblée régionale de Kidal Hassan Ag Fagaga. Ce colonel déserteur de l’armée malienne est l’un des pères du Mouvement national de libération de l’Azawad, cheville ouvrière et branche indépendantiste de la CMA…

Les autres assemblées régionales intérimaires sont réparties entre les groupes armés.  Celle de Gao revient à Djibrila Maiga, membre de la Plateforme. Celle de Tombouctou est confiée à Boubacar Ould Hamadi de la CMA (encore!). Quant à la région de Ménaka, elle revient à un responsable du MSA: Abdoul Wahab Ag Ahmed Mohamed. Le chef des autorités intérimaires de la région Taoudeni sera Hamoudi Sidi Ahmed Aggada.

Ces différentes autorités intérimaires seront installées à partir de ce samedi par le ministre de la Décentralisation, Mohamed Ag Erlarf. On lui souhaite bien du plaisir…

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guindokene
Je me nomme Abdoulaye Guindo, diplômé de l’École Normale Supérieure, option Philosophie. J’évolue déjà dans le domaine du journalisme. Cependant, la ligne éditoriale du journal m’empêche d’écrire certaines choses qui pourtant doivent être dénoncées, voila pourquoi,je me suis lancé dans le blog. J'espère ainsi contribuer à soigner l'image de mon pays.

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