Le mouvement jeune et citoyen malien « Trop, c’est trop » à Kidal

Le mouvement jeune et issu de la société civile, Trop, c’est trop, qui s’est illustré dans la lutte contre le référendum constitutionnel au Mali s’est rendu à Kidal pour préparer l’opération de communication caravane de paix. Cet événement dénommé  » Awnaf In Kidal «  a voyagé du 6 au 9 octobre 2017. Votre serviteur était de la délégation.

Voyage à Kidal: Ce que le blogueur a vu et entendu

Le voyage sur Kidal

Le jeudi 6 octobre, jour du départ, nous nous rendons à 4 heures du matin à l’aéroport de Bamako-Sénou comme indiqué sur nos billets d’avion. Le départ pour Kidal est prévu pour 6h 45. Après les formalités d’usage, nous embarquons à bord d’un Antonov de la Mission Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation du Mali (MUNISMA) vers 6h15. A 6h45, la trentaine de passagers décolle pour Gao, ville de transit.

Après 2 heures de vol, l’avion atterrit à l’aéroport de Gao. Sur la trentaine de passagers, nous sommes 14 à continuer sur Kidal. A l’aéroport de Gao où nous faisons escale, je suis brûlé de soleil. En effet, ayant fait l’objet de plusieurs attaques terroristes, l’aéroport n’est plus que l’ombre de lui-même. Même pas d’endroit où s’asseoir et prendre le frais.

Après une heure d’attente, les 14 passagers embarquent dans un hélicoptère de la MINUSMA. Destination : Kidal, ville distante de 300 km. Le vol dure 1h30. Nous sommes trois responsables de  » Trop c’est trop « ; les autres passagers sont des militaires tchadiens et des dirigeants de la CMA. L’appareil est piloté par des casques bleus néerlandais. A 11h 15 exactement, l’hélicoptère se pose dans l’héliport du camp militaire partagé entre la MINUSMA et la force française Barkhane.

Notre arrivée coïncide avec une manifestation contre cette force devant l’entrée principale du camp. Nous sommes alors bloqués plus d’une heure dans le camp. Nous apprenons que les manifestants ont mis le feu à un hangar. De l’intérieur du camp, nous voyons de la fumée noire monter au ciel. C’est seulement vers 14h que nous regagnons notre logement après le retrait des manifestants. Nous prenons nos quartiers dans une villa climatisée mise à notre disposition par les responsables de la Coordination des Mouvements Armés de l’Azawad (CMA) qui ont été associés à notre voyage. Aucun symbole de l’Etat Malien n’est visible dans la ville de Kidal. Après un repos mérité, nous visitons la ville objet de toutes les curiosités et de toutes les polémiques.

Kidal, la Cité rebelle

A première vue, Kidal ne ressemble pas à ce que vous lisez dans les journaux. La première chose qui vous frappe, c’est l’inexistence de l’Etat malien. Malgré la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation dans lequel où la CMA s’engage à reconnaître l’intégrité territoriale du Mali, vous ne verrez aucun symbole de l’Etat malien. Sur tous les édifices publics flotte le drapeau de l’« Etat de l’Azawad ». Lorsque vous croisez des enfants dans rues et qu’ils comprennent que vous êtes un étranger, ils ne mettent à scander: « Vive l’Azawad!Vive l’Azawad ! « .

Même le gouverneur nommé par le gouvernement malien est sécurisé, non pas par des militaires maliens (chassés d’ici depuis 2014), mais plutôt par 150 hommes de la CMA. Ces hommes mis à la disposition du gouverneur l’escortent à chacun de ses déplacements.

Une autre chose qui vous frappe : quand vous vous promenez dans Kidal, vous ne croisez aucun homme armé. Les combattants de la CMA sont seulement visibles aux postes d’entrée de la ville. Ceux pointés devant le domicile du gouverneur sont les seuls visibles en ville.

En ce qui concerne les activités économiques, Kidal vit normalement.  Chacun vaque à ses occupations comme à Bamako. Les commerces sont ouverts, les ateliers de couture, de soudure, de menuiserie fonctionnent comme partout ailleurs au Mali. Ils sont presque tous tenus par des Maliens non originaires de Kidal. Dans notre balade, nous avons rencontré le nommé Issa Koné, un natif de Sikasso, qui réside à Kidal depuis une dizaine d’années et fait de la décoration.

Il nous explique qu’il n’a jamais eu de problème depuis qu’il venu s’installer à Kidal. Nous avons aussi rencontré un couple nigérian qui tient la plus grande alimentation de la ville. Ce couple d’aventuriers, qui se rendait en Algérie, a décidé de rester à Kidal après avoir été dépouillé par des passeurs. Installé depuis 2004, il vit bien de son commerce alimentaire. La ville compte en somme une forte communauté de Maliens non originaires de Kidal qui y vivent depuis plusieurs années.

A Kidal, les services sociaux de base sont ceux qui manquent le plus. L’école, depuis 2012, reste fermée. L’électricité fonctionne seulement de 9 heures à 16 heures. Les plus nantis font marcher des groupes électrogènes. Quant à l’eau, elle reste une denrée rare. Les quelques châteaux d’eau qui fonctionnent encore alimentent la ville tant bien que mal.

Tous les anciens bâtiments de l’État, qui ont été criblés de balles pendant les différents affrontements, restent abandonnés. Selon un ressortissant de la ville, la première raison des rebellions à Kidal est le manque de développement. « Dans toute la région de Kidal, vous ne verrez pas 10 km de goudron et cela, depuis l’indépendance ! », nous confie notre interlocuteur.

Haine pour l’armée malienne et les forces étrangères

Après avoir été chassée de la ville lors de la visite controversée du Premier Ministre Moussa Mara, l’armée malienne n’est plus la bienvenue à Kidal. Elle n’y dispose plus d’hommes ni de locaux. Son ancienne base est actuellement occupée par la MINUSMA et Barkhane.

Si, pour beaucoup de Maliens, l’armée française soutient les groupes armés rebelles qui tiennent la ville et empêche l’armée malienne d’y retourner, ce n’est pas l’impression que vous avez lorsque vous arrivez à Kidal. En effet, dès votre entrée à Kidal, vous percevez chez les habitants un très net sentiment anti-français qui prend grandissant. Depuis plusieurs mois, les manifestations populaires contre la force Barkhane ne cessent de prendre de l’ampleur.

Elles ont connu une forte recrudescence depuis l’opération nocturne de la semaine dernière, qui a vu la force Barkhane arrêter 7 personnes chez un notable de la ville. Depuis le lundi 2 octobre donc, presque tous les jours, les enfants et femmes manifestent devant le camp de la force Barkhane. Le mercredi 4 octobre, les manifestants mécontents ont mis le feu à un camion à incendie de l’aéroport et à deux autres véhicules. Le vendre 6 octobre, les hangars situés à l’entrée du camp de Barkhane ont été incendiés.

En plus de ces manifestations, sur presque tous les murs de la ville, on peut lire des messages de haine envers la France et sa force militaire Barkhane. On peut lire, entre autres: « Barkhane dégage! », « C’est la France, les terroristes », « la France bafoue les droits de l’homme », » les soldats français volent les biens de la population »,  » Vous n’êtes pas les bienvenus chez nous. Dégagez ! « . Durant notre séjour, nous n’avons vu aucune patrouille des soldats français dans la ville. Ils restent enfermés dans leur camp.

Même son de cloche chez la MINUSMA. Aucun véhicule de la MINUSMA ne sort du camp, bien que cette force dispose de véhicules blindés. Si la force Barkhane est prise pour cible par les populations, la MINUSMA, quant à elle, fait plutôt l’objet d’attaques des groupes terroristes. Aujourd’hui à Kidal, la MINUSMA est cantonnée: aucun agent de cette mission ne se hasarde à sortir. L’entrée du camp est tenue par des soldats guinéens.

Et la caravane ?

En ce qui concerne la caravane dont la préparation est l’objet de notre visite, nous avons rencontré l’Union des jeunes de l’Azawad, l’Association des femmes de l’Azawad et les notabilités locales. Ils ont tous salué l’initiative qui, pour eux, entre dans le cadre de la consolidation de la paix. Cependant, ils ont demandé un temps pour étudier le projet de caravane et y apporter des observations.

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